ALCHI
I
Le dieu des jardins y a planté sa tente
entre les ruisseaux qui cascadent
les fruits écrasés, les fleurs éparpillées
à chaque instant tombe une pomme
L'alchimie d'Alchi opère l`été
Epicure aimerait son air d'altitude
des hommes rares y viennent par une route improbable
le temps y glisse entre pommiers et abricotiers
Moineaux, tourterelles, pies et merles
s'ébrouent dans la terre ou dans l`eau
bondissent de branches en branches
pépiant, roucoulant, sifflant leur bonheur de vivre
II
Certains s'autorisent à tomber malade
à Alchi
- après un trek trop rude -
assurés d'une convalescence paisible
parmi les chants d'oiseaux
avec parfois le braiement tragique d'un âne
qui déchire l'air de souffrance
Nul dieu épidaurien - guérisseur
mais des journées sereines
aux heures bleues sous la voûte immobile
ou secouées de vent - qui mitraille de pommes
Des journées éblouies de soleil
dont les merles se moquent
où l'on se soigne méthodiquement
au jour le jour - sans penser au lendemain
Lionel Bonhouvrier.
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