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V O Y A G E S
Vous pouvez suivre
mon voyage 2008 en Inde
sur :
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1
"Sans franchir sa porte
on connaît l'univers.
Sans regarder par sa fenêtre
on aperçoit la voie du ciel.
Plus on va loin, moins on connaît.
Le saint connaît sans voyager
comprend sans regarder
accomplit sans agir."
(Lao-Tseu).
2
"Je suis piéton de la grand'route par les bois nains ;
la rumeur des écluses couvre mes pas.
Je vois longtemps la mélancolique lessive d'or du couchant."
(Arthur Rimbaud).
"Ô les énormes avenues du pays saint, les terrasses du temple ! Qu'a-t-on fait du brahmane qui m'expliqua les Proverbes ?
D'alors, de là-bas, je vois encore même les vieilles !
Je me souviens des heures d'argent et de soleil vers les fleuves, la main de la campagne sur mon épaule, et de nos caresses debout dans les plaines poivrées."
(Arthur Rimbaud).
3
"Ô mon coeur, si tu ne peux supporter le chagrin, va-t-en.
La gloire de l'amour n'est pas peu de chose : va-t-en.
Ô mon âme, viens, toi, si tu es sans effroi,
Mais si tu as peur, ce n'est pas ton affaire, va-t-en."
(Djalal-od-Dîn Rumi).
"Quand cette perle était avec moi, j'étais rempli de joie.
Agité comme la vague par le souffle de mon propre être,
Bouleversé comme le tonnerre, j'ai dit le secret de la mer
Et pareil au nuage assoiffé, j'ai dormi sur le rivage."
(Djalal-od-Dîn Rumi).
4
"Mets à ton coursier le mors et la bride
Et enlève-le tout sellé et harnaché vers le ciel !
Enfourche la monture de tes pensées
Et place ton pied dans l'étrier de l'Absolu.
Allons ! Je t'emmène au Paradis
Et si tu bronches, je te frapperai du fouet de l'Amour !
Ceux-là sont bons cavaliers, dit Kabîr
Qui se gardent du Véda et du Coran."
(Kabîr).
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Publié à 10:00, le 3/09/2007 dans V. VOYAGES |
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Une VIE de CHIEN
Cette expression proverbiale est d'une pertinence absolue.
La vie des chiens est chaos ininterrompu de difficultés, de sacrifices et d'efforts pour survivre.
Dans la jungle des rues, les chiens doivent sans cesse imposer leur droit, fragile et provisoire, à l'existence.
Démonstration à l'aide de quelques photos :
Bande de vauriens squattant un trottoir
après une féroce bagarre nocturne (Leh).
Teigneux méditant une revanche
contre une bande canine rivale (Rampur).
Clebs assommé au bas d'escaliers à Shimla.
Frères de combat cherchant des conseils
après une virée de plaies et de bosses (Vashicht).
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 11:14, le 1/09/2007 dans U. Une VIE de CHIEN |
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SHIMLA
Difficile d'y trouver un logement
bon marché autour de la gare routière
Il faut grimper sur une colline au delà
de la State Bank of India
où de nombreuses guest houses
louent surtout à des Indiens
Shimla, la britannique, avec son Mall
ses beaux arbres aux vastes ramures
ses monuments publics de pierres anglaises
et son smog, qui lentement envahit
les côteaux jusqu'à Christ Church
L'Inde s'invite avec les singes facétieux
les chiens copulant à Scandal Point
lovés pour la nuit au milieu du Ridge
avec les bazars, surchargés d'échoppes
où les vaches grapillent aux étals
A Shimla, on revendique propreté et espaces verts
c'est une ville de casernes et d'uniformes
de tenue, de retenue - so british
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 12:47, le 31/08/2007 dans T. SHIMLA |
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RAMPUR : une visite impromptue
A Sarahan vers 6h30 ce matin, je prends le premier bus en direction de Shimla, ma véritable destination.
Le bus a pour terminus Rampur, où il arrive vers 8 heures.
Au lieu de grimper dans un bus pour Shimla, je prends un thé et une paratha dans une dhaba de la gare routière. Puis je décide de visiter Rampur.
Mon sac en dépôt chez un marchand, je descends vers la rivière Sutlej.
La vieille-ville de Rampur est bâtie à flanc de côteau.
Par des escaliers, j'aboutis au Main Bazaar, où je cherche une cyberboutique. Mais il est trop tôt, presque toutes les boutiques sont fermées.
J'erre comme une âme en peine...
A 920 m d'altitude seulement, je crève de chaud avant 9h et retire ma polaire. Chaleur et humidité, je n'étais plus habitué à cet écoeurant cocktail !
Je fonce vers la Sutlej pour chercher un peu de fraîcheur.
Au milieu du pont, je regarde ses eaux limoneuses rouler sur elles-mêmes avec fracas. Le pont vibre et ondule comme un dragon affamé. Le ciel est bouché par d`épaisses couches de nuages.
Je traîne un peu, en photographiant des passants, les deux rives boisées, un temple hindou rose tout proche, d'où un saddhu m`observe.
En remontant, au bout de Main Bazaar, je tombe sur un parc, où je passe une demie-heure à photographier.
Une libellule vrombit, fait de la voltige au-dessus d`un bassin.
Certaines fleurs avaient encore échappées à ma furie photographique :
Ce petit parc, très agréable, comprend des massifs de bougainvillées, des bosquets taillés, une pseudo grotte de rocailles encadrant le bassin, quelques pelouses.
Main Bazaar, une cyberboutique, découverte avant 8h30 et qui devait ouvrir à 9h, reste close. Un passant m'informe qu'elle devrait ouvrir à 10h...
Devant ma mimique désabusée, un jeune homme me guide dans le dédale du bazar vers une salle, dotée d`ordinateurs, et pleine de jeunes.
Tous attendent la fin de la coupure de courant ! (Je repasserai une heure plus tard, retrouvant le même public, attendant un hypothétique retour de l`électricité...)
Je remonte donc à la gare routière.
En face, un ancien temple de pierre, avec de belles lauzes comme couverture, dont la charpente en bois est ornée de sculptures et de gravures.
L'intérieur du toit est entièrement sculpté.
On dirait un temple d'Hanuman.
Une statue du dieu singe garde à gauche l'entrée, l'autre statue est cassée.
Dans cette zone, de nombreux ouvriers restaurent les bâtiments.
Je redescends pour mieux apprécier le vieux Rampur.
Autour d'une grande école publique, je repère plusieurs lieux.
Vers la rivière, un cimetière musulman assez ombragé contient quelques tombes.
Sans doute, les tombes du Maharaja de Bushahr et de la Maharani.
Certaines stèles sont encore en place.
Aucun entretien...
Une vache allongée rumine sur le passage du temps et la vanité des choses humaines...
A la sortie, dans le caniveau, gisent deux stèles du cimetière...
En face de l`école, un temple hindou, récent et pimpant, est entretenu par un saddhu.
Des sculptures le complètent, comme un taureau blanc Nandi (un petit personnage tient sa queue).
Et un lion jaune olive, qui tire une langue rose.
A droite, le chemin donne sur un atelier, où l'on broie des écorces pour en tirer une substance orange, dont on remplit des sacs.
Plus bas, c'est l'entrée d'un temple (indiqué nulle part), construit dans un parc à l'abandon, où des familles habitent deux maisons. Construction en pierre, couverture en lauzes, mais la charpente en bois est en piteux état.
Un saddhu qui me regarde de l'autre côté du muret m'apprend que c'est le Ramasita Temple.
J'aime bien ce temple, dans ce cadre verdoyant. Il n'a aucune sculpture remarquable. Sa porte est cadenassée.
Ensuite, je remonte le bazar, qui contient des temples moins intéressants. Pour moi, Rampur, c'est le retour dans une Inde hindouiste, où je ne vois guère de Ladakhis, de Népalais.
A la gare routière, je récupère mon sac à dos, monte dans un bus pour Shimla.
Il est 11h30, j'ai déjà faim, mais 6 heures de trajet m'attendent.
Lionel Bonhouvrier.
DROIT D'AUTEUR :
Les textes et les photographies présents sur ce blog http://inde2.uniterre.com sont protégés par le droit d'auteur et les droits de propriété intellectuelle.
Toute reproduction ou représentation, sans autorisation préalable de l'auteur, en tout ou partie, de tout texte présent sur ce site à d'autres fins sur un quelconque support est interdite.
Le non-respect de cette interdiction constitue une contrefaçon pouvant engager la responsabilité civile et pénale du contrefacteur.
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Publié à 14:41, le 30/08/2007 dans S. RAMPUR : visite impromptue |
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SARAHAN : le temple de Bhimakali
Au XIXe siècle, pour apaiser Bhimakali
on pratiquait encore des sacrifices humains
au temple Lankra vir...
Le Srikhand Mahadev (5227 m)
disparaît sous une masse nuageuse
Sarahan domine de très haut la Sutlej
attire pour le temple de Bhimakali
une variante de Kali, la sanglante
Un soldat, baïllonnette au fusil, veille :
se déchausser, ne pas photographier
porter un couvre-chef...
L'alliance du bois sculpté, de la pierre grise
et des lauzes sur les toits, surprend
Le temple de droite, vieux de 800 ans
est en cours de reconstruction
une nuée d`ouvriers s'active sur le chantier
beaucoup cassent des cailloux
à 16 h, tous s'arrêtent pour un thé
Le temple de gauche, du début du XXe siècle
se visite sommairement : un guide montre
la statue de Bhimakali, en vitesse
il veut déjà redescendre !
Je fais le sourd, puis lâche, très british :
- "Shanti, shanti ! We are in India, not in America !"
Cela l'amuse, et il me propose un thé...
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 14:37, le 29/08/2007 dans R3. SARAHAN : temple de Bhimakali |
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Du KINNAUR
Situé au Nord de l'Inde en sa partie himalayenne, le Kinnaur est une région orientale de l'Himachal Pradesh, voisine du Tibet.
Il est traversé d`Est en Ouest par la Sutlej (Satluj), où se jette la Spiti vers Khab (au Sud de Nako).
La Sutlej prend sa source près du mont Kailash au Tibet.
Les Kinnauris respectent un mélange d`hindouisme et de bouddhisme tibétain.
Par exemple, Kalpa possède un temple bouddhiste, au toit pagode de tôle galvanisée jaune, et une zone de temples hindous, aux belles sculptures en bois.
La pièce essentielle du costume traditionnel kinnauri est le thepang.
C'est une toque de laine, très souvent grise pour les femmes et marron pour les hommes. Elle possède un revers sur les deux tiers de sa circonférence, le plus souvent vert. Un liseré rajoute une couleur supplémentaire, par exemple le rose, à cette coiffe fort élégante.
On peut voir aussi des thepang dont le revers est bordeaux, mais ils sont rares. Le thepang est porté par davantage de femmes que d'hommes.
Les hommes qui s'en coiffent sont presque tous âgés.
Serait-ce pour cacher une calvitie peu seyante ?
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 12:32, le 28/08/2007 dans R2. Du KINNAUR |
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UN DALAï LAMA VOYAGEUR
Ce Dalaï Lama voyage beaucoup pour enseigner.
Il est donc assez facile de le voir.
Cet été, il a croisé ma route à plusieurs reprises.
D'abord au Ladakh, au sud de Leh, dans un village de réfugiés tibétains : Choglamsar.
Il y est resté plusieurs jours.
La famille de ma guest house de Changspa (Solpon Guest House) s'est endimanchée pour aller le voir un matin.
De mon côté, les embouteillages sur la route, la foule et la nécessité de travailler à mon blog sur internet, m'ont incité à rester à Leh.
Le 9 août, je pars pour la vallée de la Nubra, où le Dalaï Lama séjourne trois jours.
A mon arrivée à Diskit, il venait de donner un enseignement et la foule descend du Gompa de Diskit. Dans les rues pavoisées, les passants portent souvent des tenues traditionnelles.
Le Dalaï Lama se rend aussi dans l'Himachal Pradesh.
Quand j'arrive à Kaza, j'apprends qu'il enseignera pendant six jours à Nako : du 22 au 27 août. Pendant cette période, les lieux où je passe : Kaza, Tabo, Kibber et le Dhankar Gompa, se vident littéralement !
Par exemple, il ne reste que deux moines à Tabo pour s'occuper des monastères et de la guest house... Leur fonctionnement s'en ressent.
Dans la matinéé du 23 août, cinq touristes seulement ont visité le Dhankar Gompa (deux couples et moi). Presque tous les autres étaient massés à Nako !
Partout où le Dalaï Lama passe, il draine des foules considérables, de moines, d'habitants, de touristes indiens ou étrangers.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 14:19, le 27/08/2007 dans Q5. Un DALAI LAMA voyageur |
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KA L PA
A Kalpa, Shiva se retire l'hiver
pour méditer... en tirant sur son shilom...
Cette fumerie divine contribue-t-elle
aux nuages qui souvent recouvrent
les neiges éternelles du Kinnaur Kailash ?
Les temples de Narayan-Nagini
magnifiquement décorés en bois
de sculptures d'oiseaux, de tigres, crocodiles,...
ressemblent à des chalets de montagne
Aucun singe, mais des vaches, chèvres et moutons
A Kalpa, des chiens errants le jour
hurlent en bandes vers 3 ou 4 heures du matin
les mouches sont omniprésentes
sans-gêne, fureteuses - satanées mouches !
A Kalpa, un homme scalpe les bêtes
de leur peau - en public
au-dessus de la place principale
autour de sa cabane, des chiens rodent...
A Kalpa, je regarde les abricots
sur les toits-terrasses sécher au soleil
et les pommes rougir dans les vergers.
Le vent m`empêche de photographier les fleurs
Dans ma guest-house, j'ai pour voisins de chambre :
une vache ruminant hors de l'étable
deux Allemands de Hambourg
remplacés aujourd'hui par trois Israéliens
amateurs de guitare
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 12:25, le 27/08/2007 dans R1. KALPA |
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De TABO à CHANGO (Rodéo en jeep).
Que diable allais-je donc faire dans cette galère ?
Je m'allonge sur le dos pour offrir moins de prise au vent.
Le ciel tourne à grande vitesse, je ferme les yeux, mais je ressens les cahots plus intensément.
Yeux ouverts, je m' accroche des deux mains aux barres de la galerie. J'ai les muscles crispés, j'ai peur d'une crampe, et de lâcher. En ce cas, le vol plané est assuré, au mieux sur la route, au pire dans le ravin.
Déjà trois quart d'heure que je voyage à ciel ouvert, sur le toit de cette jeep...
La veille au dîner dans le restaurant du monastère de Tabo, je me mets d'accord avec un jeune chauffeur népalais. Départ vers 6 heures du matin. Trajet : de Tabo à Recong Peo en jeep, pour 160 roupies.
Ce matin avant 6h, je le croise dans les couloirs de la guest house. Départ prévu pour 6h30, car il a recruté "une famille de pèlerins".
Quand je descends, il finit d'accrocher sur la galerie les bagages de femmes du Kinnaur. Leur bonnet coloré, vert à la toque grise, est très reconnaissable. En attendant le départ, elles défilent dans plusieurs temples du monastère, que le jeune moine leur ouvre.
Je les compte : six, huit, onze, treize... Comment allons-nous tous entrer dans la jeep ?
Le chauffeur tasse mes deux sacs à dos dans le minuscule coffre arrière. Il me désigne une place sur son propre siège avant, à cheval sur le levier de vitesse. Deux femmes se serrent à ma gauche...
Quand toutes les femmes arrivent, le chauffeur comprend enfin le problème.
Il me montre le toit. Est-ce que j'accepte de grimper sur la galerie ?
Cela semble être une solution...
Vers 6h45, la jeep démarre. Assis en tailleur sur les bagages, je m'agrippe aux cordes reliant les sacs. Vais-je tenir le coup ? Lentement, la jeep traverse Tabo.
Attention aux fils trop bas qui traversent la route ! Je baisse la tête au bon moment. La vigilance s'impose...
La jeep passe sous le portique, tourne à droite sur la route principale qui mène à Recong Peo, soit 160 km. En Inde, il faut huit heures pour accomplir cette distance...
Je calcule le temps qui me reste. Les femmes descendent à Nako, pour l'enseignement que donne le Dalaï Lama pendant six jours. Soit plus de 60 km, réalisables en trois heures ! Je ne suis pas au bout de mes peines...
Les paysages de montagnes sont magnifiques, mais je manque de sérénité pour en profiter. Pendant les cinq premières minutes, le chauffeur roule assez lentement.
Ensuite, il semble oublier son passager dans le vent, perché sur sa nacelle. Il accélère sensiblement, pour ne pas se laisser distancer par deux jeeps, roulant devant nous...
Je ne peux plus rester assis, le vent me chahute trop. Je m'allonge sur le dos, accroché aux cordes, la capuche de ma veste rabattue sur la tête.
La route dévalle vers la Spiti en longs lacets, je plonge dans ce gouffre comme en un tobbogan géant. Je n'entends que le moteur de la jeep, le bruit du vent s'engouffrant dans ma capuche et dans les deux jambes de mon pantalon. Me voilà transformé en bibendum...
Après trente minutes, la nuque commence à me faire mal.
J'essaye de me rasseoir, mais la jeep va trop vite, je suis obligé de me recoucher sur le dos, comme un martyr chrétien de l`antiquité, lié sur le dos d'un taureau sauvage.
Le rodéo continue, je redoute une crampe, mais pour l'instant, j'arrive à détendre mes bras lorsqu'ils sont trop crispés.
De temps en temps, je sursaute sur mes sacs, secoué par la route défoncée.
Je me maintiens sur mon perchoir : talons fixés à la barre antérieure de la galerie, mains agrippées à la galerie ou à des cordes.
Soudain, la jeep s'arrête. Je descends en vitesse pour me détendre. Le chauffeur bafouille que c'est un check-point, que je dois continuer. Pendant que j`urine, il démarre en trombe !
Je marche donc deux cents mètres, jusqu'à la barrière du check-point située juste avant le pont de Sumdo. En 1h30, nous avons parcouru les 33 km séparant Tabo de Sumdo.
Je rejoins le chauffeur dans la pièce où un policier vérifie les permis de passage au Kinnaur, ainsi que les passeports. Tout va bien.
Puis je rejoins la jeep. Coup d'oeil à l'intérieur : c'est l'entassement garanti ! Deux femmes me donnent des boulettes comme petit déjeuner. Je m'empresse d'en manger, car le rodéo sur une jeep, cela creuse !
Sur un signe du chauffeur, je franchis à pied le pont et continue sur quelques dizaines de mètres... avant de monter à nouveau sur le toit de la jeep.
En mangeant avec délice les deux boulettes, j'arrive à rester assis car la route monte et la jeep roule à une allure modérée.
De plus, l'arrêt à Sumdo et la nourriture me rendent optimiste, j'arriverai à boucler les 28 ou 30 km qui restent jusqu'à Nako !
A part quelques cahots spectaculaires, j'ai moins de frayeur que sur le début du parcours. De plus, je m'habitue peu à peu aux difficultés et je parviens à détendre régulièrement mes muscles.
La route passe dans une très belle région, encaissée. La Spiti continue sa course folle avant de se jeter au Sud de Nako dans la Sutlej.
Dix-huit kilomètres plus loin, nous arrivons à Chango, situé à 3658 m d'altitude, directement au coeur du village. Foule et embouteillage. Sous leur parapluie, des piétons se protègent du soleil.
Cette fois, le chauffeur de notre jeep a oublié de s'arrêter avant le check point ! Un policier, qui me voit descendre de mon perchoir, nous accueille le chauffeur et moi, avec colère :
- " Vous avez risqué un grave accident ! C'est dangereux sur cette route !"
Le chauffeur népalais baisse la tête et laisse passer l'orage. J'explique au policier que la jeep est archipleine, que j'ai payé pour voyager à l'intérieur. Mais que sur la proposition du chauffeur...
Un autre policier vérifie mon permis. Je tends mon passeport au premier policier, qui l'ignore avec hauteur, préférant engueuler vertement mon chauffeur...
Le policier me demande si j'ai déjà payé le voyage en jeep.
- "Non ? Dans ce cas, pas question de continuer. Prenez ce bus pour Nako !" Et il me montre un bus qui franchit le check point, m'accompagne, vérifie que je m'y installe...
Ainsi se termine mon parcours de 51 km sur le toit d'une jeep entre Tabo et Chango, sur une des routes les plus accidentées de l'Himalaya.
Dix kilomètres plus loin, après la traversée de paysages à couper le souffle, le chauffeur de la jeep m'attend à la sortie du bus à Nako. Avec d'autres passagers, je continue, à l'intérieur de la jeep, jusqu'à Recong Peo, à environ 110 km.
Ce diable de chauffeur est responsable d'un accident avec une petite voiture peu après Nako, mais c'est déjà une autre histoire...
Lionel Bonhouvrier.
DROIT D'AUTEUR :
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Publié à 07:14, le 26/08/2007 dans Q4. De TABO à CHANGO (Rodéo en jeep) |
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CHECK POINTS au KINNAUR
Pour traverser le Kinnaur
un permis est imposé aux étrangers.
La route de KAZA à RECONG PEO
regorge donc de check points
J'arrive à SUMDO, perché
sur le toit d'une jeep depuis Kaza...
mais le chauffeur me fait descendre
avant l`arrivée au check point :
je passe comme une fleur
A CHANGO, le chauffeur oublie
de me faire descendre !
Le policier du check point s`énerve :
et si j'avais eu un accident ?
Il en oublie de vérifier mon passeport
pas question de remonter dans la jeep
il me fourre dans un bus pour Nako
A Nako, je remonte dans la jeep
pour une centaine de km jusqu'à Recong Peo
Arrêt à un check point du côté de PUH.
Un gamin somnole contre ma poitrine...
... et vomit trois fois par la portière...
J'arrête la jeep, débarbouille
le malade et le fais marcher
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 07:09, le 25/08/2007 dans Q3. CHECK POINTS au KINNAUR |
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DHANKAR : nid d'aigles
Dans la vallée de la Spiti, à Sichling
une route en lacets grimpe sur 8 km
jusqu'à Dhankar
traverse le village jusqu'au gompa
On accède au toit par une échelle branlante
à laquelle il manque des planches :
aléatoires sont les voies du Ciel !
Un précipice aimante vers la Spiti :
les méandres d'un lit très large dérivent
avec d'infinies nuances de gris et de blanc
sur une rive, des larmes vertes et jaunes
semblent des oasis de joie
Sur le côteau, des champs en terrasses
quadrillent l'espace de rectangles fertiles
tout le reste est du sable et des roches
gris, marron, brun - stérile et désertique
Au loin, les montagnes grises et beiges
sont entaillées par la Spiti, où se jettent
les eaux blanches d'une autre rivière
bouillonnantes, qui luisent au soleil
Sur le toit, le vent secoue de longues cordes
ornées de drapeaux multicolores
qui délivrent des prières dans l'espace
des têtes de mort à tridents
grimacent au-dessus de tonneaux colorés
Côté village, des cheminées de fée ponctuent
le cirque de montagnes en demi-cercle
au sommet, un monastère plus récent
domine l'ensemble du Dhankar
Un seul moine fait visiter le monastère
tous sont à Nako, où enseigne le Dalaï Lama
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 14:06, le 24/08/2007 dans Q2. DHANKAR : nid d'aigles |
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TABO : la VIE d'un MONASTERE
Les deux moines restés à Tabo
(les autres étant à Nako, voir le Dalaï Lama )
mènent la puja de 6 heures
l'un joue du gong et des cymbales
l'autre agite la cloche et le tambourin
ils psalmodient les textes bouddhistes
Dans les temples, un puits de lumière
permet de voir une partie des fresques :
bouddhas et boddhittavas, dieux et déesses
sages et ermites, quelques mandalas...
On ne peut photographier
ni rester le temps souhaité
un seul moine fait visiter sept temples...
Perché sur un temple, ou sur le toit de l'auberge
je regarde Tabo
le ciel au lever du soleil, à son coucher
les grottes des collines où flottent des drapeaux
Chaque soir, la bibliothécaire fait le tour
du monastère - suivant un itinéraire immuable
déambulant dans ce mandala
dont les temples sont les cercles de pierre
Au restaurant du gompa, les rencontres
se nouent : on déplace chaises et tables
un chauffeur de jeep recrute des clients
dîner aux bougies en cas de coupure de courant
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 14:03, le 23/08/2007 dans Q1. TABO : la vie d'un monastère |
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Du SPITI au KINNAUR
A KAZA, après des heures de bus, on se repose
les villageois viennent y faire leur marché
les voyageurs étrangers attendent leur permis
pour traverser le Kinnaur, près du Tibet
Au KI GOMPA, je passe une matinée
arpenteur sur les toits du monastère
imitant éperviers et corneilles en leur vol
avant de boire un thé offert par un moine
A KIBBER, je filtre à pleins poumons le temps
dans la quiétude du village
les promenades alentours permettent
une distance, en altitude, sur sa vie
A TABO, les fresques du monastère
attirent de nombreux pèlerins
on y séjourne pour étudier l'art tibétain
déambuler entre les temples en ce mandala de pierre
A NAKO, le Dalaï Lama enseigne
six jours - ce qui attire les foules
les villages de l'Himachal se vident
les moines désertent leur Gompa
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 06:44, le 22/08/2007 dans P3. Du SPITI au KINNAUR |
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Sur les TOITS du KI GOMPA
"J'ai tendu des cordes de clocher à clocher ;
des guirlandes de fenêtres à fenêtre ;
des chaînes d'or d'étoile à étoile, et je danse."
Arthur Rimbaud.
Sur les toits du Ki Gompa, je marche
décris des cercles comme les corneilles
les éperviers, à quelques mètres
planent, se croisent, voltigent
Quelle ambition pour un homme ?
Mener son esprit en des cercles
de plus en plus larges - complexes
Un homme danse sur les hauts du Ki Gompa
bras écartés, danse des éperviers
dans le silence et dans le vent
vivre libre et savoir mourir...
Il ne possède rien - même pas sa danse
dans l'amour, l'homme comprend le monde
il peut le quitter - mourir à l'instant
sans regret - en silence
Bras déployés, il tournoie comme la Terre
le monde lui fait signe, se découvre devant lui
l'homme danse au coeur du monde
en son intensité - et il sourit
Lionel Bonhouvrier.
DROIT D'AUTEUR :
Les textes et les photographies présents sur ce blog http://inde2.uniterre.com sont protégés par le droit d'auteur et les droits de propriété intellectuelle.
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Le non-respect de cette interdiction constitue une contrefaçon pouvant engager la responsabilité civile et pénale du contrefacteur.
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Publié à 14:37, le 21/08/2007 dans P2. Sur les TOITS du KI GOMPA |
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KIBBER, 4000 etc...
Kibber, c'est le coeur qui m'inspire
à 4000 mètres, au mieux l'on respire
Rainbow guest house
on vous accueille à bras ouverts
en ami retrouvé - égaré dans les plaines
Autour d'une carte de l'Inde
deux Japonais, un Italien, un Hollandais
un Tchèque, une Danoise et moi
nous voyageons jusqu'au coeur de la nuit
Le chant de l'amitié m'enchante
coeurs étincellants comme des lampes
le temps verse larmes et rires en aumône
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 14:35, le 20/08/2007 dans P1. KIBBER |
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A VELO au LADAKH
Ceci est un éloge aux cyclistes, que j'ai croisés comme passager de bus, escaladant des cols, parmi les plus élevés du monde.
De retour de la vallée de la Nubra, notre bus descend le col de Khardung vers Leh.
De 5602 m, la route décrit de nombreux lacets. Chaînes de montagnes et vallées forment de magnifiques paysages.
Un cycliste grimpe en danseuse, quel cran ! Peu après, un autre cycliste apparait, puis une voiture, dont la galerie maintient plusieurs vélos. Plus loin, un autre cycliste, un peu attardé.
De retour à Leh, je constate que certaines agences vendent la montée du col de Khardung en V.T.T, comme elles vendent des virées à motos, ou des forfaits de trois jours ici ou là.
Ceci n'enlève rien au courage des cyclistes, tentant entre 3500 et 5600 m une ascension, dont je serai incapable. Nulle envie de vivre une telle galère...
Quelques jours plus tard, je passe deux journées en bus entre Leh et Manali (450 km environ). Dans une descente, un camion devant nous croise deux cyclistes, qui préfèrent s'arrêter. Un nuage de poussière et de gaz d`échappement les submerge. A notre tour, nous soulevons beaucoup de poussière...
Les cyclistes doivent souvent maudire camions et bus, pour les kilos de poussières, qu'ils leur font respirer !
Venir s'oxygéner sur des routes himalayennes et subir les gaz polluant des véhicules... Certains camions sont si mal réglés que lorsqu'ils accélèrent, ils dégagent une fumée si polluante, qu'ils semblent prendre feu !
Gaz et poussières, c'est le menu des cyclistes courageux, qui montent et descendent les multiples lacets des routes himalayennes.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 06:31, le 19/08/2007 dans O. A VELO au LADAKH |
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Le PrOjEt HiMaLaYa
Le PROJET HIMALAYA est ancien :
des centaines de millions d`années
les Maharajahs, les Grands Mogols
les Britanniques, l'Inde actuelle
l'ont pratiqué, sans esprit de suite
Le PROJET HIMALAYA est un délire en acte
indéfinissable, sinon par :
"Soyez réaliste, exigez l`impossible !"
Voici quelques idées du PROJET HIMALAYA :
Couvrir les routes himalayennes de panneaux
où l'on tourne la vitesse en ridicule
(projet presque achevé en Inde).
Recencer tous les YETIS pour les
immatriculer à la Sécurité Sociale
Echanger pendant un mois lamas bouddhistes
contre lamas andains
et en tirer les inévitables conséquences
Convoquer Chine, Inde, Népal, etc...
à une Table Ronde à Dharamsala
ces Etats devront appliquer les directives
élaborées par le Dalaï Lama
à suivre...
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Publié à 11:43, le 12/08/2007 dans N. Le PROJET HIMALAYA |
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Sous le SOLEIL de HUNDER
Sous le soleil de Hunder
ma vie retrouve son axe
parmi les fleurs de la Nubra
Déjà sous la voûte étoilée
le temps s'est orienté
quand je dormais - fenêtres ouvertes
Quand j'ouvre les yeux au matin
de bleu - ma vie rayonne
Si je photographie des fleurs
je rends hommage à la beauté
Silence et solitude
creusent l'amour en sa chair
Mes pages d'ombre sont trouées de lumière :
quand j'écris un poème
temps et espace fusionnent
Chaque oiseau a son chant de gratitude :
quand je plonge dans la prière
j'exauce l'origine en son ardeur
Lionel Bonhouvrier.
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Le non-respect de cette interdiction constitue une contrefaçon pouvant engager la responsabilité civile et pénale du contrefacteur.
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Publié à 11:39, le 10/08/2007 dans M2.Sous le SOLEIL de HUNDER |
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KHARDUNG LA : COL de KHARDUNG, 5602 m.
Au col de Khardung, 5602 mètres
les passagers descendent du bus
aiment se faire photographier
devant un grand panneau rouge
sur lequel on lit en lettres noires :
" 18 380 pieds
la plus haute route carrossable du monde".
Aucune raison de s'y prélasser
- hormis pour les militaires -
très vite, le bus claxonne !
Peut-on croire qu'une autre route
ne soit plus élevée ?
S'exprimer en pieds
ne fait pas très sérieux...
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 11:37, le 9/08/2007 dans M1. KHARDUNG LA, 5602 m |
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TSO MORIRI : vallée de la RUPSU
I
Le TSO KAR manque d'eau
mais sur ses rives abondent le sel
de curieuses pierres, de l'herbe
des fleurs, des ânes sauvages
II
Le TSO KIAGAR est un vrai lac
cuvette désertique d'eau bleue
on en fait le tour sans y penser...
III
Le TSO MORIRI est mer intérieure
à parcourir en plusieurs jours :
selon l'heure, l'eau change de couleur
tous les yeux y retrouvent la leur
Après les heures de jeep ou de marche
on s'allonge - entre soleil et ombre
Des galets - quand l'eau est trop calme
servent à des concours de ricochet
On croise des marmottes, des yaks
De Karzog, des chèvres pashminas pâturent
Trois cavaliers nomades galopent
entraînant un troupeau de chevaux
Avant la tombée de la nuit, au bord
d'une rivière : stupeur !
Deux loups nous regardent, longuement
leurs yeux jaunes annoncent la pleine lune
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 11:30, le 8/08/2007 dans L. TSO MORIRI : vallée de la RUPSU |
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Une PUJA à LEH
Mathias a assisté plusieurs fois à une puja, au nord de Leh, dans le monastère de Samkar, à 18h. David, Mitra et moi ne connaissions pas encore Samkar Gompa. Nous décidons de nous y rendre tous pour la puja de 18h.
Arrivés en avance, Mathias, ses enfants, David et Mitra, entrent pour occuper les meilleures places. J'en profite pour photographier des fleurs dans le jardin du monastère.
Mais où sont les moines ? Car je ne vois que des Occidentaux qui se déchaussent, entrent dans le monastère, visitent le jardin, ou attendent dehors au soleil.
En haut des marches, des fresques ornent les murs, près de l'entrée.
A 18h, j'entre dans la salle de prière. Stupeur ! Des dizaines d`Occidentaux l'occupent, entassés un peu partout, le long des murs ou des travées.
Mais où sont donc les moines ?
Je trouve une place, demandant à un touriste de se serrer légèrement. Mon voisin tripote fébrilement sa caméra, impatient de s'en servir...
Un moine entre, va et vient, case deux ou trois retardataires.
Deyanne, qui le connaît, fonce sur lui, ne le lâche pas. Quand le moine s'assied, Deyanne s'assied à ses côtés, en gloussant, avec des poses maniérées.
Ce gamin de sept ans joue à la star américaine...
Le moine, comme une vedette-solo, commence son chant et joue de ses instruments.
Est-ce une puja ou un concert pour Yahoo décérébrés ? Je ressens cela comme un cirque, un Disneyland, dont Deyanne serait le Mickey involontaire.
Le malaise est trop fort, je sors après deux minutes.
Comment supporter cette puja dénaturée ?
Les consommateurs avides de sensations nouvelles m`écoeurent. La plupart ne croient en rien, essayent de réhydrater leur âme desséchée à ce blues bouddhiste !
De cette salle de prière, ils ressortiront inchangés, assoiffés de nouvelles expériences dégénérées, comme d`éternels insatisfaits.
Quant au moine, ce guignol musicien, je lui souhaite bien du plaisir. Jouer ce rôle ne mène pas droit au nirvana...
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 11:27, le 7/08/2007 dans K. Une PUJA à LEH |
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CHEMREY : une approche
Le bus de Leh vous dépose au milieu de nulle part.
Perché sur une colline conique, se détachant nettement sur la plaine, le monastère polarise le regard.
C'est là qu'il faut aller ! Un chemin file droit vers la colline, descendant entre les champs de blé, d'orge, de pommes de terre et de moutarde.
Des rivières ruissellent un peu partout parmi les peupliers, que le vent ausculte.
Des fleurs égayent les bas-côtés de la route.
Après la traversée de montagnes steppiques, ce site verdoyant repose et rafraîchit.
Des dizaines de chortens siègent au pied de la colline. Certains touchent les maisons des lamas, construites sur son versant.
Le chemin se fait sentier, grimpant en lacets progressifs jusqu'au sommet, en passant par une école.
Plusieurs sentiers prennent d'assaut la colline, on peut choisir au hasard celui qui nous plait.
A Chemrey, j'aime ce cône parfait
où les facades blanches des maisons
se détachent sur les roches grises
surplombées par le brun des fenêtres et des toits
A Chemrey, le monastère blanc et brun
couronne la pièce-montée
les pèlerins s'en régalent, chantent
à travers champs au rythme des rivières
A Chemrey, en grimpant un sentier en lacets
je regarde les angles arrondis du Gompa
sculptés dans le bleu du ciel
les pieds sur terre, la tête en plein ciel
A Chemrey, d'une terrasse, je m'assieds
pour laisser filer le temps
entre ses doigts sous le soleil
comme un semeur d'éternité
A Chemrey, quand on s'élève de toit en toit
les vallées s'ouvrent, les montagnes dansent
les Dieux - de leurs bras balancés
bercent le soleil et les étoiles
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 11:19, le 6/08/2007 dans J. CHEMREY : une approche |
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ALCHI
I
Le dieu des jardins y a planté sa tente
entre les ruisseaux qui cascadent
les fruits écrasés, les fleurs éparpillées
à chaque instant tombe une pomme
L'alchimie d'Alchi opère l`été
Epicure aimerait son air d'altitude
des hommes rares y viennent par une route improbable
le temps y glisse entre pommiers et abricotiers
Moineaux, tourterelles, pies et merles
s'ébrouent dans la terre ou dans l`eau
bondissent de branches en branches
pépiant, roucoulant, sifflant leur bonheur de vivre
II
Certains s'autorisent à tomber malade
à Alchi
- après un trek trop rude -
assurés d'une convalescence paisible
parmi les chants d'oiseaux
avec parfois le braiement tragique d'un âne
qui déchire l'air de souffrance
Nul dieu épidaurien - guérisseur
mais des journées sereines
aux heures bleues sous la voûte immobile
ou secouées de vent - qui mitraille de pommes
Des journées éblouies de soleil
dont les merles se moquent
où l'on se soigne méthodiquement
au jour le jour - sans penser au lendemain
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 10:54, le 1/08/2007 dans I. ALCHI (I et II). |
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LAMAYURU : de MOINES
Mathias, ses enfants et moi, arrivons en stop dans un camion, qui nous dépose sur la route, à mi-chemin entre le hameau de Lamayuru et le monastère, perché au sommet d'une colline.
Nous passons devant un grand hôtel, où nous demandons une chambre pour quatre. On nous en montre une avec deux lits (qui suffisent pour trois) à 500 roupies.
C'est cher, car c'est petit pour quatre personnes...
L'hôtelier nous affirme que nous trouverons à loger au monastère.
Il est 20h, la nuit tombe.
A l'entrée du monastère, le moine-portier fait presque la grimace en nous voyant. Un garçon (7 ans), une jeune fille (12 ans) et deux hommes... c'est louche ! Une avalanche d'ennuis en perspective...
Il refuse catégoriquement de nous loger. Je plaide un moment : on nous a conseillé de venir, il est tard, nous avons deux enfants. Pouvons-nous avoir une chambre ?
Mais Cerbère réplique que c'est impossible : nous devons chercher un hôtel.
Mathias demande l'heure de la puja demain matin, sans doute pour attendrir le monstre...
-"It is at 10 o'clock !"
-"Ten o'clock ? Usually, the puja is at 7 o'clock !"
-"No ! It is at 10 o'clock..."
Bébé Frankenstein n'est pas attendri, Mathias a raté son coup...
Avec un sourire, je remercie ce bouddhiste compatissant pour son hospitalité. Trop brute pour déceler l'ironie sous-jacente.
Nous déambulons de nuit entre les maisons des lamas. La plupart sont fermées. L'une d'elles est éclairée. Je m'approche, trouve deux lamas et une occidentale habillée en lama, discutant dans une pièce.
-"Où pouvons nous trouver un logement ? Dans le Grand-Hôtel, on ne semble pas vouloir de nous... Et au monastère, on nous a carrément mis dehors !"
-"Ici, c'est petit, on n'a pas la place", répond un lama, assez gêné. Quand il aperçoit Deyanne, il propose :
-"Vous pouvez dormir sur la terrasse, à côté de la maison. Et le garçon peut dormir dans la cuisine..."
Devant leur bonne volonté, je redouble d`optimisme :
-"Nous demandons seulement des informations ! Dormir dehors pour deux adultes, pas de problème ! Mais nous cherchons une chambre pour les enfants."
Finalement, nous retournons au Grand-Hôtel, où l`hôtelier accepte de nous louer la chambre déjà vue pour 400 Rs, cette fois. Deux femmes apportent un matelas déposé par terre, pour moi. Pour quatre personnes, ce prix devient correct.
Le lendemain matin, nous retrouvons Cerbère un peu avant 7h.
D'après lui, la puja de 7h est repoussée à 9h... Je me demande ce que font exactement les moines de Lamayuru, hormis donner de fausses indications sur l`horaire des cérémonies.
D'ailleurs, y-a-t-il vraiment autant de pujas ? S`amuser à les annuler est un très mauvais signe...
A SUIVRE...
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Publié à 15:05, le 31/07/2007 dans H5. LAMAYURU : de moines |
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D'HEMIS-SHUKPACHEN à LAMAYURU
A l'aube, la maisonnée est encore silencieuse. Dans la chambre, Mathias, Mya et Deyanne dorment tranquillement.
Quelqu'un remue dans le couloir. Je sors : c'est la mère de famille qui balaie et commence sa journée.
Dehors, du haut des marches de l'escalier, je regarde le soleil qui se lève : les montagnes environnantes s'éclairent. A quelques dizaines de mètres, les champs de blé sont d'un vert rafraîchissant. Depuis quelques jours, nous randonnons à travers des paysages désertiques et nous apprécions les oasis, telle Hemis-Shukpachen.
Je descends jusqu'à la ruelle, où l'eau dégringole dans un caniveau central. Toilette de chat au tuyau d'où jaillit une eau fraîche.
Je me promène ensuite jusqu'à 6h en réfléchissant : la randonnée prévue jusqu'à Ang ne m'enchante pas. Je préfère marcher plein sud vers la vallée de l'Indus. Par la route principale, on peut rejoindre Lamayuru en bus ou en stop. Au retour vers Leh, pourquoi ne pas visiter le monastère de Rizong ?
Quand je rentre dans la chambre, Mathias se réveille. Je lui expose mes idées. Il est d'accord pour ne pas aller à Ang. Mais il propose de voir aujourd'hui le Rizong gompa. En ce cas, nous devrons demander le chemin à Deachen, étudiante de 19 ans, seule de sa famille à parler anglais.
Le petit déjeuner est cordial, préparé par Deachen : thé, chapati et confiture. La mère et ses trois enfants assistent à notre repas. Deyanne, 7 ans, est le chouchou : "Nono" est fêté partout où il passe. Les Ladakhis le tripotent à la moindre occasion...
Deachen étudie la médecine à Jamnu. Dans quelques années, elle espère rejoindre sa soeur aînée qui travaille dans un hôpital de Delhi. Par la fenêtre, elle nous montre un sentier qui, à travers une montagne, mène vers le Rizong Gompa.
Vers 8h sur le peron, Mathias et moi photographions les deux familles : la mère, Deachen, une fille et un fils plus jeunes. Et les enfants de Mathias : Deyanne et sa soeur de 12 ans : Mya. Adieux à notre famille ladakhie si accueillante.
Les sacs sur le dos, nous entamons notre sixième journée de trek. Elle s'annonce belle, ensoleillée, un petit vent nous rafraîchit. Le chemin serpente à travers les faubourgs d'Hemis-Shukpachen en pente douce. Nous croisons des habitants, des ânes et des vaches. Vers 9h, nous traversons le pont au-dessus de l`Akhur. Sur sa berge, grande toilette dans la rivière. Deyanne et Mya hésitent longtemps avant de se laver. Tout propre, j'en profite pour prendre des photos de fleurs et de racines en macronumérique.
Au bout d'un quart d'heure, Mya et Deyanne prolongent leur trempette.
Mathias s'emporte contre son fils qui doit laver son slip, mais qui ne fait pas grand chose... Je finis par l'aider à sortir de la rivière : son slip attendra !
Après le pont, nous longeons quelques maisons, tournons un peu en rond, avant de nous engager, cent mètres plus loin, dans un oued à sec très large.
Normalement, nous devrions grimper à flanc de colline et apercevoir Hemis-Shukpachen dans vingt minutes. Nous montons régulièrement sans apercevoir le village, environnés par cet entonnoir naturel. Nous montons en plein désert : les roches sont à nue, plus ou moins recouvertes de poussières.
Sur les versants, des sortes de nénuphars sont éparpillés sur les roches. Epanouis pour recueillir la lumière. On devine une racine profonde puisant l'eau souterraine.
Vers 10h, Deyanne semble décroché.
Il monte très lentement et Mya a tendance à l'attendre. Mathias se laisse rejoindre, demande à Mya de garder son propre rythme et de ne pas s'occuper de son frère...
Première pause en plein soleil, car l'ombre est introuvable. Mathias reproche à Deyanne de traîner, de faire sa tête des mauvais jours. Le gamin se ferme, ce qui n'arrange rien.
Les bouteilles d'eau circulent, soulagent les gosiers desséchés.
Au début de l'oued, nous avons repéré une flèche blanche très discrète. Depuis, les marques ont disparu. Un petit tas de pierres semble parfois nous confirmer dans notre choix. Mais nous ne sommes jamais certains d'être sur le chemin de Rizong Gompa. Nous hésitons plusieurs fois entre deux vallées à sec...
A un moment, nous choisissons celle de droite. Le chemin s'élargit, se ramifie en sillons creusés dans une croûte de terre, sur plusieurs niveaux. Deyanne double tout le monde, car il adore être le premier. Soudain, un serpent de bonne taille me croise à moins d`un mètre. Je le montre à Mya, qui marchait derrière moi :
- "Mya ! Regarde ! un serpent ! Quelle taille !"
- "Un serpent !", crie-t-elle d'un ton suraigu en faisant un saut de carpe. Elle se met à courir, en état de suroxygénation. Quelques minutes lui sont nécessaires pour retrouver son calme...
Sous un soleil de plomb, la pente devient plus raide. Nous grimpons, encore et toujours, nos foulées diminuent, notre respiration devient bruyante. Mathias ouvre la voie et nous suivons, de plus en plus essoufflés. Cela devient de l'alpinisme !
Soudain, Mathias nous alerte :
- "Là-haut, sur la crète ! Des bouquetins !"
Huit ou neuf bouquetins se découpent nettement sur le bleu du ciel. Certains bougent un peu. Ils semblent nous fixer de leur perchoir. Quel bonheur ! Nous voyons enfin ces fameux Ibex dont les voyagistes rebattent les oreilles aux touristes...
- "Pause ! Il est temps de manger une pomme ou une poire. Et puis, il me reste des figues !", annonçai-je. Nous posons les sacs sur le sol en pente. Mathias préfère ensuite partir en éclaireur. Je suis certain que nous nous sommes trompés de chemin, continuer ainsi n'a plus de sens...
Grignotage avec Mya et Deyanne sous le soleil, sur un replat assez réduit. Nous mâchonnons lentement, en buvant à une ou deux reprises, sans beaucoup parler.
Contemplation de la montagne déserte, aux roches de couleurs variées entre le brun et le rouge, en passant par les gris, les jaunes...
Mathias redescend : "Je suis allé très haut : c'est trop raide ! Avec les sacs ce sera trop dur. Nous nous sommes trompés de chemin plus bas !"
- "Tant pis ! Nous prendrons la vallée de gauche ! Que dites-vous de finir mon chocolat de France ?"
Deyanne et Mya approuvent bruyamment et Mathias trouve l`initiative à son goût. Je fouille dans mon sac, trouve le reste de plaquette :
-"Deyanne, je te charge de faire la distribution ! De manière équitable, bien sûr !"
Chacun obtient deux carrés de chocolat noir, sucé en bouche avec parcimonie...
-"Que c'est bon ! Du chocolat noir francais !", s'exclame Mya.
-"Oh là là ! Cà alors ! C'est du vrai chocolat !", ajoute Deyanne.
Dans la descente, pendant plus de cinq minutes, le chocolat devient notre sujet de conversation exclusif.
-"Je préfère le chocolat à 98% de cacao !"
-"Moi, j`ai déjà mangé du chocolat à 100% de cacao !"
-"Quel est le pourcentage de ton chocolat, Lionel ?"
-"C`était un chocolat à 52%. Mais il semblait plus fort car c`était du chocolat noir pour les desserts", explique Mathias.
-"Moi, j'aimerais bien en manger encore !", ajoute Deyanne.
Et nous continuons à ruminer, à nous exclamer sur les vertus du chocolat noir, du chocolat blanc (très apprécié de Mya) et de tous les chocolats de la création.
Revenus à l'embranchement, nous prenons la vallée de gauche, sur un sentier très peu marqué, dans un paysage aride et lunaire.
Vingt minutes plus tard, Mathias choisit la vallée de droite. Très vite, nous crapahutons dans un cône de déjection. Mathias et Deyanne prennent de l'avance, grimpent à une dizaine de mètres en amont de Mya et moi. Les pieds ne suffisent plus, il faut s'aider des mains pour escalader un relief de plus en plus vertical.
Deyanne se trouve en difficulté, Mathias prend son sac à dos et continue de plus belle. A un moment, Deyanne patine, fait tomber quelques pierres, dont une passe entre Mya et moi. Celle-ci sursaute et se plaint. Je crie alors :
-"La prochaine fois, il faut crier : pierres ! pour nous avertir !"
Cela devient insensé, nous voilà des alpinistes !
Je m'arrête pour souffler et proposer à Mathias une pause pour réfléchir.
Près de moi, Mya donne des signes d`énervement : respiration plus rapide, murmure de phrases nerveuses. Le vertige semble la paralyser.
-"Ne regarde pas en bas ! Regarde tes pieds et assure tes prises sous tes chaussures et à chacune de tes mains. Tate les pierres pour vérifier qu'elles tiennent bien."
Mathias est trop haut, je décide de le rejoindre pour faire le point.
Nous dérapons parfois dans la caillasse, sur un caillou, qui dégringole sous nos semelles. Heureusement, nous avons de bonnes chaussures ! Soudain, Mya s'agrippe à moi et sanglote ! Je m'efforce de la calmer, lui explique qu'elle ne doit pas paniquer. Le mieux est d'enlever nos sacs. Nous déposons au mieux nos sacs à dos sur une pente presque verticale...
-"Mathias ! Stop ! Il faut faire le point !"
Mathias a fort à faire avec deux sacs à dos, et avec Deyanne, exténué par des efforts soutenus.
-"Il faut redescendre ! C'est beaucoup trop dangereux ! Nous risquons une chute !"
-"D'accord ! Je descends avec Deyanne !"
Mais ils déclenchent une chute de pierres qui dévallent si près de nous, que deux petites rebondissent sur moi...
-"Stop ! Ne bougez plus ! Vous allez nous assommer ! Je descends avec Mya. Je te préviendrai quand vous pourrez descendre sans nous envoyer des pierres sur la tête !"
Mya est tétanisée de peur. Elle s'agrippe à moi en murmurant des prières : "Je vous salue Marie... Sainte Marie mère de Dieu..."
-"Ne t'inquiète pas. Nous allons descendre très lentement. Si nous sommes prudents, nous serons toujours en sécurité. Le mieux est de nous tourner face à la pente. Tiens-moi bien, nous allons descendre..."
Appuyés l'un à l'autre, nous avançons pas à pas. De temps à autre, nous dérapons sur quelques mètres dans les éboulis, en contrôlant notre glissade. Je choisis le meilleur terrain, en faisant un détour si nécessaire, avec la plus grande prudence. Enfin, nous arrivons au bas des éboulis.
Tourné vers la montagne, je hurle à plusieurs reprises : "Mathias, go ! Allez-y !"
J'entends une réponse indistincte, assourdie par la distance. Ils ont compris.
Cinq minutes plus tard, ils nous rejoignent au croisement des deux vallées.
Il est l`heure de déjeuner, ce qui nous remettra d`émotions violentes, et épuisantes. Je sors la nourriture : chapatis, curd, un reste de fruits.
-"Je vais monter au col pour voir ce qu'il y a derrière !", annonce Mathias.
-"Pas question de te suivre. Nous avons eu les yeux plus gros que le ventre. Nous avons pris trop de risques avec cette escalade trop difficile pour des enfants. Après le déjeuner, je redescendrai à Hemis-Shukpachen !"
-"D'accord avec toi. Je veux seulement prendre une photo depuis le col, je vous rejoindrai ensuite".
- "Mais ce n'est pas le col ! D`après ma fiche, nous sommes encore très loin du col ! Nous avons fait un tiers du trajet jusqu'au Rizong Gompa. Cette randonnée improvisée était trop dure et trop risquée pour des enfants !"
Pendant notre sobre repas, Mathias monte jusqu'au sommet.
Mya est satisfaite de notre décision d'abandonner la randonnée. Les émotions récentes lui suffisent...
Quand Mathias revient, nous décidons de revenir à Hemis, puis de descendre l'Akhur jusqu'à la route principale. Là, un bus ou le stop d'un véhicule nous permettront de gagner Lamayuru, où nous pourrons dormir cette nuit. C'était mon idée de ce matin.
La descente jusqu'à Hemis est rapide, car ce nouveau projet nous motive. Deyanne court littéralement, tente de doubler tout le monde, marche en zigzag, ce qui nous gêne.
Vers 14h, nous sommes de retour au pont.
Dix à quinze minutes sont nécessaires pour s'orienter, trouver la bonne rive et un homme qui nous indique le chemin pour Rong et la Main Road. Ce charpentier travaille en plein air. Je me fais confirmer plusieurs fois le chemin...
En deux heures, nous descendons la vallée de l`Akhur, verdoyante, très agréable.
Ce n'est plus le Ladakh (ce désert), mais une vallée alpine, fertile et humanisée. Le sentier longe le plus souvent la rivière. Parfois, celle-ci le coupe. Il faut marcher sur des pierres le long de la berge pour retrouver le sentier de l`autre côté d'un rocher à dix ou quinze mètres.
Comme nous manquons d'eau, je remplis dans la rivière une bouteille d'un litre, ajoutant un comprimé d'hydroclonazone.
Nous faisons trois pauses successives.
D'abord, quand l'Akhur décrit un coude dans la vallée. Nous nous asseyons en surplomb, buvons en admirant le paysage. Derrière nous, deux paysans travaillent dans un champ.
Plus loin, nous traversons des vergers d'abricotiers couverts de fruits. Beaucoup pourissent sur le sol, ou font le régal des oiseaux et des insectes. Cueillette et mangeaille de nombreux abricots. C'est un goûter idéal !
Programmée pour une heure, l'alarme de ma montre sonne. Pendant une troisième pause, nous buvons un litre d`eau fraîche, rendue potable. Le chemin devient très large, annonce déjà la vallée de l'Indus. Après une cascade canalisée, nous arrivons à la route.
C'est le hameau d'Hemishu, où nous trouvons une gargotte-épicerie. Achat d'eau, de biscuits, de chocolat, de cacahouettes. Les véhicules sont rares, surtout des camions, souvent militaires. Nous demandons à un routier s'il peut nous transporter jusqu'à Lamayuru. Il est d'accord, mais il s'est arrêté pour une crevaison et la réparation va être longue.
Quand un convoi de trois camions s`arrête, le patron de la dhaba va les voir. Je le suis, comprends qu'il demande à un routier s'il va à Lamayuru. Il semble d'accord pour nous prendre en stop. J'alerte mes compagnons et nous grimpons dans la cabine avant du camion.
Celui-ci ne compte qu'un chauffeur et son jeune aide, indispensable en cas de croisement, sur ces routes de montagnes étroites. Dans notre cabine, nous dominons l'environnement et profitons de la beauté des paysages, le long de la vallée de l'Indus, puis sur la route impressionnante qui serpente jusqu'à Lamayuru.
Le trajet dure deux heures et demie, coupé par deux arrêts.
Au premier, j'achète des fruits, dont nous sommes souvent privés (pastèque, pommes, bananes) car les restaurants n'en proposent pas.
Le second arrêt est plus long, a une dhaba de routiers perdue, au milieu d`odeurs infectes de volailles, d'essence et de peinture fraîche (un homme repeint en vert le rideau de fer de la dhaba). Je commande un thé pour huit : notre quatuor et quatre routiers (le convoi n'est formé que de deux camions, en fait). Ils se rendent à Srinagar, à deux jours de route de Leh... Plusieurs camions amoureusement décorés s'arrêtent dans la poussière. Les routiers sont souvent des Hindous et des Sikhs.
Et nous attendons près de trois-quart d'heure que notre chauffeur veuille repartir. Sur un signe de sa part, je vais payer les thés, mais le gérant me fait comprendre que notre chauffeur a réglé l'addition. Je proteste, car cette inversion des rôles me déplait. C'étaient à nous, les stoppeurs, à régaler nos conducteurs. Mais je dois m'incliner.
La route grimpe en lacets dans une autre vallée et la prudence est vitale lorsqu'on croise d'autres véhicules. De lacets en lacets, la route se déploie à l'assaut de la montagne. Sujets au vertige s'abstenir ! Un camion rouge immobilisé au fond du fossé témoigne des risques encourus. Plus haut, je découvre avec stupéfaction un autre camion, stoppé à moitié dans le vide. La porte de la cabine encore ouverte indique que le chauffeur n'a pu sauver sa peau que de justesse...
Les formes des rochers sont originales, d'une grande beauté. Nous admirons des cheminées de fées à proximité de Lamayuru. D'autres rochers ressemblent a des têtes juxtaposées dont la bouche est grande ouverte. Vers 19h30, la nuit s'annonce et une lumière chaude met en valeur les roches aux couleurs variées.
Peu après, notre camion traverse le hameau au bas de Lamayuru. Faut-il s'arrêter pour profiter des guest-houses ? Nous laissons faire, préférant dormir le plus près possible du monastère, sur les hauteurs de Lamayuru.
Mais le chauffeur s'arrête à mi-hauteur. Nous descendons et Mathias me prévient qu'il vient de lui demander de l'argent. Je me mets à sa portière et il me réclame 200 Rs ! Je lui réponds :
-"It's too much ! I give you 50 Rs for the road. And I have to pay absolutely for the 8 tea !
So, 30 Rs more. I give you 80 Rs !"
Il joue à l'homme outragé par une telle proposition, mais descend à 150 Rs. Je reste ferme, lui tend l'argent. Il retire ses mains, pour faire croire qu'il préfèrre ne rien recevoir, plutôt que se contenter de si peu... Et si je le prenais au mot ? Mais je me dis que 80 Rs est une bonne affaire pour lui. Je lui fourre les billets dans les mains et rejoins mes compagnons.
L`arrivée au monastère, nos démêlés avec le moine-portier, Cerbère inénarrable, cela relève sans doute d`une autre histoire !
Lionel Bonhouvrier.
DROIT D'AUTEUR :
Les textes et les photographies présents sur ce blog http://inde2.uniterre.com sont protégés par le droit d'auteur et les droits de propriété intellectuelle.
Toute reproduction ou représentation, sans autorisation préalable de l'auteur, en tout ou partie, de tout texte présent sur ce site à d'autres fins sur un quelconque support est interdite.
Le non-respect de cette interdiction constitue une contrefaçon pouvant engager la responsabilité civile et pénale du contrefacteur.
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Publié à 10:47, le 30/07/2007 dans H4. D'HEMIS-SHUKPACHEN à LAMAYURU |
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TREK dans le CHAM
Randonner dans le Cham
au-dessus de la vallée de l'Indus
est un excellent exercice de respiration
on passe de vallées en vallées
franchissant des cols de 3500 à 4000 m
des rivières comme la Basgo, la Likir ou l`Ullay
on traverse des plaines désertiques
encadrées de montagnes pelées
comme le cul des babouins
on grimpe des sentiers en lacets interminables
on se trompe de voie :
voulant franchir un col, on patine
dans des éboulis d'un cône de déjection...
apprentis-alpinistes coincés sur des rochers
happés par le vertige
l'obligation de redescendre à la verticale
on crapahute dans des vallons lunaires
on remonte des oueds poussiéreux et grisâtres
dans une solitude minérale
un serpent soudain rampe sous nos yeux...
Plus haut, perchées sur une crête
silhouettes de huit bouquetins !
Basgo, Likir, Yangtang, Hemis
oasis - miracles de verdure
découvertes au sommet d`un col
la descente vers l'oasis est une joie
quotidienne - une ruée vers l'écurie
où l'eau abonde, se ramifie, vivifie
on se baigne en riant dans une rivière
on soigne ses ampoules
on dévore du riz, du squew ou de la thukpa
vaches, chèvres, moutons, poules, chats
parfois des yaks, voisinent avec les fermiers
et les hôtes de passage
à Hemis-Shukpachen, après une tentative
avortée pour gagner Rizong Gompa
descente de l'Akhur jusqu'à Hemishu
La vallée de l'Akhur semble une Suisse
de verdure, ruissellante, aux abricots à cueillir
après nos errances entre schistes et granites
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 10:40, le 29/07/2007 dans H3. TREK dans le CHAM |
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DANSES de DERVICHES-LADAKHIS
"Le Bien-Aimé brille comme le soleil
L'amoureux tourne comme un atome
Quand souffle la brise du printemps de l'amour
Toute branche qui n'est pas sèche se met à danser."
(Djalal-od-Dîn Rumi).
Devant un moulin à prière
cylindrique, en mouvement
le père prie en marmonnant
égrenne les perles de son chapelet
Sa machine fixée à un poteau
la fille tire une courroie
qui actionne un baton dans une cuve
le lait devient beurre
Les moulins à prière des monastères
tournent au passage des pèlerins
d'autres installés sur un ruisseau
deviennent des moulins à eau
Dans le ciel, un aigle plane, implacable
des hommes tournent autour d'une femme
comme autours ou vautours
les danseurs décrivent des orbes précises
La Terre lancée dans l'espace
danse sur elle-même
parcourt une orbite irrésistible
autour du soleil
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 10:26, le 24/07/2007 dans H2. DANSES de DERVICHES-LADAKHIS |
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YANGTANG TOPKA
Après la randonnée de Likir à Yangtang
et une baignade merveilleuse dans la rivière
l'esprit s'échappe du corps
plane au-dessus des roches éclaboussées de soleil
En ce jour anniversaire, je salue
les perdrix et les yaks
les roches figées dans leur beauté
les peupliers et les saules
jouant dans le vent comme drapeaux de prière
En début de soirée, à Yangtang
le temps se savoure sur un toit-terrasse
à évaluer la vitesse des nuages
le grondement du torrent
à contempler le retrait de la lumière
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 10:20, le 22/07/2007 dans H1. YANGTANG TOPKA |
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SOUCIS d'un OCCIDENTAL au LADAKH
Un thangka te fait de l'oeil
est-ce une nouvelle publicité ?
Hier, tu voyageais entre les enceintes
d'un mandala bouddhiste :
assis sur un âne, tu rêvais de cheval
tu associais trois religions à onze philosophies...
Allo ? Les exercices d'application
sont fort problématiques !
D'après Google, l'altitude te joue des tours :
insomnie, mal de crâne et diarrhée...
et ce portable qui ne cesse de sonner !
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 06:56, le 20/07/2007 dans G. Soucis d'un OCCIDENTAL au LADAKH |
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THIKSE : un MONASTERE Quand le sommeil cède à l'aurore le chant des oiseaux te guide vers le seuil Fils de la Lumière ! Le bleu du ciel t'appelle L'eau rafraîchit ta gorge lave ton visage sculpté par la nuit Tes yeux vibrent, analysant l'espace tes oreilles bourdonnent de plaisir Dans la salle de prière, on rallume l'autel les peupliers palpitent au passage des moineaux L'éventail immense du visible puise à la courbure du cerveau à la rotondité de la terre Thiksé filtre la lumière A Thiksé, tu imagines le monastère comme l'aveugle imagine l'Indus en son écrin souple de verdure dont le bleu nargue les monts désertiques Lionel Bonhouvrier. DROIT D'AUTEUR : Les textes et les photographies présents sur ce blog http://inde2.uniterre.com sont protégés par le droit d'auteur et les droits de propriété intellectuelle. Toute reproduction ou représentation, sans autorisation préalable de l'auteur, en tout ou partie, de tout texte présent sur ce site à d'autres fins sur un quelconque support est interdite. Le non-respect de cette interdiction constitue une contrefaçon pouvant engager la responsabilité civile et pénale du contrefacteur.
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Publié à 15:54, le 19/07/2007 dans F4. THIKSE, un MONASTERE |
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SI LEX
Sincérité : pierre de touche
sur laquelle tu frottes ces silex :
âme, corps, esprit
pour que jaillisse la flamme
pour que de la flamme jaillisse la lumière
ton coeur ouvert saigne
déclenche un ouragan
l'homme est une interface de temps
sensible à l'éphémère
qui parfois frémit dans le souffle divin
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 06:51, le 19/07/2007 dans F3. SILEX |
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LA GRECE ME BLESSE
"Le roi Oedipe a un oeil en trop, peut-être
Fils de Laïos, pauvre étranger en Grèce !
Vivre est une mort, et la mort aussi est une vie."
(Friedrich Hölderlin).
Jusqu'au coeur de l'Himalaya
je tends la main à la Grèce :
au Delphien Anghelos Sikelianos
que la langue poursuit de l'Egée au Parnasse
au Crétois Nikos Kanzantzakis
fasciné par les labyrinthes mystiques du monde
à l'Alexandrin Constantin Cavafy
canonnier sensuel de l'humaine perfection
à Georges Seferis - exilé
par les Colonels - que la Grèce blesse
Par delà l'Egypte millénaire
dont le Nil palpite à coeur ouvert
je remonte la vallée de l'Indus
une étoile dans l'encre du ciel
me chante l'épopée d'Alexandre
De monastère en monastère
le temps s'ouvre comme une figue
je marche - saluant le silence
assoiffé d'espace - - en allégresse
à Thiksé, dans la lumière chaude
entre oasis et désert, je raconte
l'histoire d'Oedipe - aux pieds enflés
chassé sur les routes
Oedipe, mendiant de la douleur
qui palpe - visage en sang - les murs de Thèbes
Lionel Bonhouvrier.
DROIT D'AUTEUR :
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Publié à 06:43, le 19/07/2007 dans F2. La GRECE me BLESSE |
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FESTIVAL de CHEY
Sous le soleil - un bleu inaltérable
l'Indus sort de son lit, folie douce
de pèlerins par milliers
vers le monastère de Chey
Une centaines de moines bourdonnent
robe prune, surplis orange
à la main : cloche, chapelet, moulin à prière
j'écoute la ligne pure de silence
qui traverse les chants, rythmés par les cloches
Des trompes puissantes m'attirent dehors
une première vague de musiciens
et de danseurs descend les escaliers
A l'extérieur les danses se déploient
dieux et démons rivalisent
les passions sortent de leur lit
assaillent le fier rocher de Thiksé
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 06:36, le 17/07/2007 dans F1. FESTIVAL de CHEY |
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NUIT à SARCHU (4253 m).
"Mais l'ombre de la nuit avec les étoiles
n'est pas plus pure, si j'ose le dire, que
l'homme, qu'il faut appeler une image de Dieu."
(Hölderlin).
Après une journée de bus, au sortir
de la tente où l'on dîne la nuit s'impose :
nuit cosmique éclaboussée d'étoiles
en cette voûte d'encre la tête me tourne
(- c'est l'altitude, murmure ton cerveau raisonneur)
- c'est la beauté éternelle de la nuit
nulle ville à des centaines de kilomètres à la ronde
Mon coeur habite l'Himalaya
je plonge dans le silence allègre des étoiles
le temps se révèle splendeur
ouverture sur le ciel - en sa pureté première
je ne peux aller dormir
un vent glacial agite les battants de la tente
l'homme se dresse dans le froid
contemple sa vie, adresse ses prières
Quiconque peut voyager en Inde
quiconque peut devenir saddhu en Inde
il suffit de lâcher prise
au temple de Vashisht, je m'assieds
près de sept saddhus pour écrire
on m'offre un chilom, puis un thé
- "Je suis Français et - comme toi - je m'appelle Lionel !"
Quelle différence entre un saddhu et un voyageur ?
Quelques jours fin juillet : une date anniversaire
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 06:27, le 15/07/2007 dans E. NUIT à SARCHU (4253 m). |
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MANU à MANALI
Un matin en se lavant, Manu
découvre un poisson minuscule
qui lui demande sa protection.
-"En échange, je te sauverai
d'un déluge imminent qui balayera
toutes les créatures de la terre."
Manu protège le poisson qui grandit
tant, que seul l'océan peut le contenir...
C'est une incarnation de Vishnu
venue préserver la vie sur terre.
Il demande à Manu de construire
un navire pour transporter les sages
les plantes et les animaux.
Quand le déluge balaye le monde
le poisson remorque l'arche
grâce au serpent Vestige.
Quand les eaux baissent, Manu débarque
et le serpent le conduit en lieu sûr
dans l'Himalaya vers le mont Himavan.
De Manali - patrie de Manu
où il aime se retirer pour prier
débute pour les hommes une chance nouvelle
Manu ou Noé - dans leur arche flottante
actualisent la création de l'homme
sans cesse, la graine humaine a sa chance
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 06:25, le 15/07/2007 dans D2. MANU à MANALI |
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Sur la ROUTE de MANALI
De Shimla, plusieurs bus de nuit partent chaque jour pour Manali vers l'ouest.
En prenant celui de 19h, je profite du coucher du soleil, particulièrement beau ce soir-là.
Il faut compter dix heures de trajet pour arriver à Manali.
Deux heures plus tard, pause dîner d'une demi-heure. Je commande un thali de riz, comme beaucoup de passagers du bus, dans une des deux gargotes.
A côté, des échoppes vendent ce qui est nécessaire : eau, fruits et amuse-gueule.
Le marchand me tend une bouteille d'eau minérale.
-"20 roupies, c'est trop cher. Donnez m'en une à 12 roupies !"
-"C'est le prix ! C'est une Bisleri !"
-"Eh alors ? Vendez-moi une marque moins chère !"
Amusés, quelques voyageurs observent la scène. Haussant les épaules, le marchand me propose une marque à 15 Rs.
-"D'accord pour 15 Rs, mais je veux une bouteille bien fraîche !"
Les voyageurs ricanent quand le marchand pioche dans le frigo et s'exécute.
Le bus repart, mais un passager, assis à l'arrière, se fait remarquer par ses divagations verbales. Pendant l'arrêt, il a bu un coup de trop.
Cela amuse beaucoup de personnes. Certaines lui lancent des plaisanteries : "Au prochain arrêt, il faudra mettre moins d'alcool dans ton thé !" Eclat de rire général.
Notre ivrogne en est encouragé, délire de plus en plus, on n'entend plus que lui...
Très vite, notre bus s'arrête car un pneu vient de crever.
Il fait nuit, le garagiste se met au travail à la lumière.
Il retire l'essieu, puis le pneu. Avec deux barres, il fait sauter prestement les jantes, ce qui répand beaucoup de poussière. Ses habits sont tachés d'huile et de cambouis.
Pendant ce temps, attablé côté cantine, le barbu au visage marqué et émacié, assis au milieu d'une dizaine d'hommes, polarise l'attention générale. Les plaisanteries continuent sur sa faiblesse envers l'alcool.
-"Tu ne peux pas te contrôler ?"
- "Non ! C'est plus fort que moi ! Et toi, qui me fait la morale, quelle est ton vice, beau prophète ?" Nouvel éclat de rire.
Des voyageurs, un peu écoeurés par ce tapage, après avoir fait un tour à gauche ou à droite, reviennent dans le groupe. Pris au jeu, certains participent même :
- "Tu es là, à raconter ta vie, les problèmes avec ta femme et tes enfants. Tu n'as pas honte?"
- "Et pourquoi j'aurais honte ? C'est la vérité ! Tu préférerais des mensonges peut-être ?"
- "Et si c'étaient des mensonges, justement ?", interroge un petit vieux au turban qui n'avait encore rien dit.
Sur les tables de plastique, les pichets d'eau crasseux en plastique contresignent de leur laideur, la laideur ambiante.
A côté, le garagiste, maigre et efficace, s'active.
Cela n'intéresse que trois ou quatre personnes. Il a retiré la chambre à air, repère le trou. Après avoir limé la partie délicate, il colle une rustine à l'aide d'un étau et d'un compresseur.
Assailli de solitude, je vais et viens du trou de cambouis, de caoutchouc et de poussières, vers la structure rectangulaire de béton encrassé - cette cantine au trois-quart vide, où voltigent les mouches.
Derrière le garage-cantine, remontent des chants de crapauds. Dans l'obscurité, j'avance et découvre une marre contenant toute une chorale de batraciens déchaînés. Leurs appels rauques et graves déchirent l'air sous la lune.
L'ensemble du ciel est parsemé d'étoiles brillantes. Grande sérénité sous cette voûte stellaire, noire et étincelante, très pure.
A la cantine, plus d'une quinzaine d'hommes, assis ou debout, semblent fascinés par notre ivrogne et les discussions n'ont pas baissé d'intensité.
Par les fenêtres du bus, des femmes écoutent aussi, par ennui ou par imitation.
Le garagiste a remonté la chambre à air et le contrôleur lui donne 250 Rs, avant que la roue ne soit remise en place.
En hauteur, sur le mur en béton de la cantine, tourbillonnent autour d'une ampoule électrique, des dizaines d'insectes, hypnotisés par la lumière.
Sauterelles, mantes religieuses, mouches, scarabées, araignées, frôlent l'ampoule, en extase et drogués de lumière, dansent leur rituel où la vie et la mort, rivalisent et - pour finir - se touchent.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 06:20, le 10/07/2007 dans D1. Sur la ROUTE de MANALI |
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SHIMLA : débordements
"Les mortels vivent dans l'égarement
et ne sont pas même capables
d'inventer un remède à la mort."
(Hymne homérique à Apollon).
I
Ton corps est délivré de la putréfaction
en état d'apesanteur
ton âme défile au-dessus du Mall, à Shimla
telle un faucon
difficile de savoir ce qui passe
outre le temps et l'espace
la terre minuscule rêve de l'univers
Ce qui exulte cherche une langue nouvelle
où inventer l'amour - sa présence de ravage
la vie est enveloppe trop étroite
à faire muer - à faire muter en plénitude
L'amour déborde des corps, irradie les âmes
s'accomplir est son devoir
peu importe l'issue : calvaire, poignard, bombe
la tragédie accomplit l'amour sans mesure
II
Les Grecs redoutaient la démesure
les Gaulois que le Ciel leur tombe sur la tête
la peur raisonnée est prudence salutaire
mais l'amour s'en balance
lui seul poursuit le diable dans ses retranchements
impasse dangereuse, souvent mortelle
la mort étant la peur par excellence
le cadavre est son précieux fétiche
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 06:09, le 9/07/2007 dans C2. SHIMLA : débordements. |
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SINGERIES à SHIMLA
Avec mes nouveaux compagnons indiens, Anjit et Jack, respectivement 20 et 25 ans, nous grimpons depuis le Ridge, le sentier menant au Jakhu Temple.
Après 18h30, la lumière baisse rapidement, j'aurais préféré y aller le lendemain matin. Mais je les suis, ou plutôt les précède car ces jeunes hommes s'essoufflent aussitôt.
Anjit respire bruyamment et Jack demande à s'arrêter une dizaine de fois au cours de la montée...
Devant l'hôtel Dreamland, Jack réclame une pause.
Un brun sec d'une trentaine d`années en profite pour nous proposer ses services : visiter Shimla, un taxi, puis ses services de guide dans des treks merveilleux, etc.
Il délaisse mes amis Indiens pour se concentrer sur moi.
Son insistance me déplaît. Je refuse poliment à deux reprises, mais il n'écoute pas, reprend son argumentaire... Alors je lui rétorque :
- "Je n'aime pas les guides. Quand je visite un musée, je me passe de guide. Quand je randonne en montagne, je n'ai pas besoin de guide. Je laisse cela aux soit-disant adultes. J'aime me débrouiller par moi-même. Un véritable adulte est son propre guide !"
Je fais un signe à Jack, et nous repartons à l'assaut du Jakhu Temple. Nous quittons les dernières maisons pour nous engager dans des sous-bois, sur une pente assez forte.
Les ahanements d'Anjit sont de plus en plus bruyants, les pauses réclamées par Jack de plus en plus fréquentes.
Après chaque repos, Jack fonce comme un sprinter. Je lui conseille de marcher moins vite pour tenir la distance et éviter les pauses, peine perdue...
Enfin, nous arrivons à un petit temple.
En parfait dévôt, Jack s'agenouille, marmonne avec une ardente conviction, ce qui agrée au prêtre des lieux.
Pendant que Jack demande des bénédictions pour lui, ses futurs enfants et hypothétiques petits-enfants, Anjit et moi, nous discutons tranquillement.
Jack ressort avec des graines, dont certaines sont sucrées, qu'il nous distribue en partie.
Le portail franchi, la dernière montée est brève jusqu'au véritable Temple des Singes.
J'ai envie d'admirer le paysage avant la nuit complète, Jack me montre une grande caisse en bredouillant quelque chose mais je n'y fais pas attention.
De la musique et des chants nous attirent dans le temple lui-même.
Pieds nus, nous entrons dans le petit temple, presque plein. Les fidèles chantent en l'honneur d'Hanuman pendant une puja. Trois personnes donnent le rythme en frappant une cloche. Au bout de quelques minutes, le tempo s'accélère, les chants se précipitent.
Le prêtre sort de sa niche la statue d'Hanuman, pour la montrer à tous, et il continue ses passes au flambeau devant le dieu. L'excitation monte, femmes et hommes sont à l'unisson, poussent deux ou trois enfants depuis le fond vers la statue d'Hanuman.
Déconnecté, je sors attendre mes compères.
J'enfile mes sandales et patiente dans l'obscurité plusieurs minutes, près du portail d'entrée, alors que la cérémonie se prolonge.
Un choc violent me surprend. Plus de lunettes !
Un singe, bien sûr... Un singe vient de m'attaquer dans le dos, de faire valser mes lunettes en m'éraflant le visage ! Mais où sont elles ? Myope, dans cette obscurité, je n'y vois rien. S'il garde mes lunettes, les soucis vont commencer...
Dans le temple, j' annonce le vol à Jack et Anjit. Ils ressortent et me montrent la grande caisse sur le côté extérieur du temple. Nous y allons, et un homme me tend mes lunettes ! Soulagé, je constate qu'elles ne sont pas cassées. Seule, la branche de gauche est abîmée.
Avec un sourire, l'homme me réclame dix roupies !
Le mystère s'éclaircit : mon voleur est un singe dressé, qui rapporte les objets dérobés à son maitre, encaissant ensuite leur restitution... Je suis furieux contre ce stupide bipède, qui exige de nouveau dix roupies. Alors je lui dis :
- "I give you ten roupies, no problem. But I'am furious, not against the monkey, but against you. This practice can to be very dangerous ! Not for glasses ! It's really stupid and dangerous !"
Le caissier reçoit son billet avec satisfaction, absolument imperméable à mon opinion...
Je constate que le bout de la branche de gauche est déchiqueté par les dents du singe. Jack est reparti dans le temple et je l'attends près du portail.
Seconde agression ! Toujours par derrière...
Mes lunettes viennent de valser, mais cette fois je les récupère par terre !
Furieux, j'annonce mon départ à Anjit, qui me conseille de mettre mes lunettes dans ma poche. Ce que je fais, par prudence.
Nous marchons une quinzaine de mètres, quand le singe approche à deux pas de nous.
Je lui enverrai bien un coup de pied à la tête...
Jack, qui devine mes intentions, m'agrippe le bras, me conseille de rester calme. Le singe me nargue (se sent-il intouchable ?), puis disparaît d`un bond.
La descente est moins laborieuse que la montée, même si Jack réclame encore quelques arrêts.
Je remets mes lunettes, pour éviter une chute...
Jack se plaint de ses pieds, de mourir de soif et demande à son ami de l'aider dans certains passages.
Contaminé, je râle contre le caissier pousse au crime, formateur de singes délinquants.
Alors Jack résume ce non-évènement à sa façon :
"Il ne faut pas en vouloir au singe. Ce n'était rien, c'est déjà oublié ! Mais il ne faudra pas revenir demain..."
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 06:07, le 7/07/2007 dans C1. SINGERIES à SHIMLA |
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COMPLAINTE du GRILLON
de DELHI
- quai numéro 6
Delhi - le trou du cul de la fourmillière humaine
sur un banc d'un quai de gare interminable
de 9h du soir à 2h du matin - en transit
je fredonne la complainte de Delhi
Une locomotive diesel empuante l'espace
depuis une heure fait du surplace
une autre loco troue l'air de son casque de mineur
déclenche une sirène de croque-morts envoûté
hoquette ses spasmes de diphtérique
les hauts parleurs crachent leurs annonces
départs-arrivées improbables
le silence-malotru est banni des nuits de Delhi
Des voyageurs se retournent sur leurs bancs
comme crêpes en poèles
la chair humaine surchauffée grésille
d'autres font hurler les chansons-pop de leur téléphone
sous la galerie, de rares ventilateurs brassent le tout
Un grillon crisse, parfois, sa complainte solitaire
vrille fragile, mirage entêté de la perception
Dans le brouhaha des trains, des hauts-parleurs
à minuit, sur un quai étrangement vide
court - interminablement - un voyageur
où court-il ? dans quelle chaleur vacante ?
dans quel silence ?
Quai n°6, des groupes s'allongent sur une vingtaine
de cartons Kingfisher
un train local secoue ses tôles, se gondole
vieil asthmatique, dont les poignées pendouillent
A Delhi - trou du cul de la fourmillière humaine
tel un aveugle à jamais anachronique
je chante l'oreille enchantée par les mystères de Delhi
masala de misères pour déesses insatiables
(les prières sont cure-dents pour leurs crocs)
J'attends un train qui, pour le moins, a quatre heures de retard
un luxe : nul mendiant sur le quai numéro 6
vers 2h du matin - rien que des voyageurs
abrutis de fatigue - accroupis
absents dans leur présence-absence de fourmis
en leur honneur
je brâme la complainte du grillon de Delhi
Gare de Old Delhi, nuit du 5 au 6 juillet 2007.
Lionel Bonhouvrier.
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Publié à 06:05, le 7/07/2007 dans B2. COMPLAINTE du GRILLON de DELHI |
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LA FAUTE au CHANTIER du METRO de DELHI !
Lorsqu'on débarque à l'aéroport international de Delhi, il faut s'attendre à tout. (Ce pourrait-être une citation posthume d'Indira Gandhi).
Au début, tout va bien.
A la sortie de l'avion, une bouffée de soupe chaude happe les voyageurs : coup de langue d'une vache géante qui lèche leur corps jusqu'à l'âme.
Ils passent par le guichet de l`immigration, récupèrent leur bagage sur le tapis roulant correspondant au vol de leur avion, échangent leurs devises en roupies indiennes dans une banque proche.
C'est ensuite que les choses sérieuses commencent.
Sous le hall de la sortie, des centaines de personnes brandissent une pancarte proposant : une chambre d'hôtel, un taxi, un guide, ou tous les services imaginables. Il est près de 23h, heure locale... Filons à travers cette forêt humaine, sans hésiter, ralentir, ou commencer à lire une pancarte, au hasard...
Vous parvenez à l'extérieur, accroché par des chauffeurs de taxi, des hellos jaillissent, un homme vous appelle "My friend".
Vous savez ce que vous voulez : repérer le bus qui relie l'aéroport à la gare ferroviaire de New Delhi.
Pas de bus. Alors vous parcourez la place de l'aéroport : vous ne voyez que deux cars touristiques. Attiré par un grand panneau, vous approchez. Un vieil homme assis sur un rebord de trottoir répond vaille que vaille à vos questions. Oui, il attend le bus qui va au centre de Delhi. Vous déposez votre sac à dos. Assis à côté de lui, vous regardez le fourmillement des gens.
Quelques voyageurs occidentaux prennent un taxi, des Indiens s'engouffrent dans des taxis prépayés, des mendiants déambulent lentement, des policiers en uniforme bullent un bâton à la main. Il fait chaud, les véhicules claxonnent sans cesse, des chiens reniflent entre les déchets. Un quart d'heure plus tard, le bus arrive. Vous y montez avec cinq passagers, tous Indiens. Parmi les nombreux Occidentaux de mon avion, beaucoup sont encore dans l'aéroport, certains sont en transit. Ceux qui sont sortis se sont engouffrés dans un car touristique, ou dans un taxi pour le centre de Delhi.
Après un faux départ, le bus démarre vraiment avec une dizaine d`Indiens - rien que des hommes. La plupart tentent de se rafraîchir à travers les fenêtres ouvertes, tête au vent. Quand la pluie tombe, tous s'éloignent des fenêtres.
Après minuit, le contrôleur me fait signe de prendre mon sac.
- "Where is New Delhi Railway Station ?"
Réponse vague du bras, par là !
Comité d'accueil d'autorickshaws et de rickshaws. Pas besoin, la gare doit être à proximité. Mais après quelques dizaines de mètres, je constate que je ne peux localiser cette gare et la pluie redouble.
Un autorickshaw tenace finit par m'arrêter. Selon lui, la gare de New Delhi est à vingt minutes de marche, en rickshaw ce ne sera que 10 Rs.
Après réflexion, la pluie me décide à accepter. Il me raconte alors que les travaux du métro ont bouleversé Paharganj. Les hôtels ayant fermé, je vais devoir dormir ailleurs cette nuit. Cela me semble bizarre, et je réitère ma demande d'aller à la gare. Quand nous stoppons, il me demande de rester, pour constater les travaux par moi-même. Redémarrant, il me fait voir de grandes tranchées à proximité.
- "But in my mind, Main Bazaar is just in the opposite !"
- "No ! You`re wrong ! It`s because of the metro ! I will show you !"
Et le chauffeur me baratine tellement que j'hésite à l'obliger à revenir près de la gare pour m'y déposer...
Il reprend le même chemin qu'à l'aller, m'annonce pouvoir trouver un hôtel dans un autre quartier. Il me montre deux stations de métro, à Connaugh Place et à Karol Margh. Bref, il m'embrouille et m'assure que nous allons trouver vers Market Place. C'est le début d'une errance de près de deux heures...
Nous allons écumer une quinzaine d'hôtels. Dans plus de la moitié, ils s'annoncent complets. Dans les autres, ils sont trop chers. Un hôtelier demande 165 $, d'autres exigent plusieurs milliers de roupies !
Je prends cette virée avec philosophie : "Ils sont fous avec leurs prix ! Je sens que je vais coucher dehors... Ce ne sera pas la première fois... Je vous remercie pour ce Tour de Delhi by night. Pas grand monde dans les rues ! Ce sont tous de sacrés couche-tôt ! Vraiment, cela suffit, retournons à la gare de New Delhi, je me débrouillerai pour trouver un hôtel !"
Le chauffeur me trouve trop relaxe. Il me prédit le pire si je persiste à vouloir revenir à la gare. "Delhi est très dangereux ! Je veux vous aider ! Vous ne vous rendez pas compte des risques ! Un étranger est agressé s`il traîne dans les rues si tard. Je vais vous trouver une chambre pas chère pour cette nuit, faites-moi confiance. Vous ne savez pas ce qui a changé à Paharganj et autour de la gare avec les travaux du métro depuis huit mois. Ce n'est plus comme avant. Il faut suivre mes conseils !"
Et nous descendons demander dans un autre hôtel, qui se dit complet.
Au bout d`une heure, il s'arrête devant un "office d`information touristique", par l'intermédiaire duquel je pourrai trouver une chambre. Craché-juré !
Un grand moustachu me fait asseoir, style grand prince, qui va résoudre tous mes problèmes. Et il me fait le coup du téléphone : au premier hôtel, plus de chambres libres ; au second, une seule chambre double à 120 $,...
Je ne peux m'empêcher de rire, de commenter son petit jeu à ma façon :
- "Elles ne sont pas données vos chambres ! C'était 120 Rs, non 120 $... Une telle confusion est impardonnable de la part d`un professionnel sérieux comme vous ! Je parie 200 $ que vous ne pourrez rien pour moi. Vous allez échouer à me trouver une chambre simple pour un prix normal, etc."
Cela le déconcerte, et il s'avoue très vite vaincu. Bon prince, je ne lui réclame pas les 200 $, que je viens pourtant de gagner...
Avec le chauffeur, la tournée des hôtels continue.
Après une heure et demie, sa mine s'allonge, affiche d'indubitables signes de découragement, puis de fatigue. Avec optimisme, je continue à refuser les chambres que l'on me propose à : 3500 Rs, 2800 Rs, 2200 Rs, 1700 Rs,...
Vers deux heures du matin, le chauffeur m'annonce que je dois accepter, sinon il retourne chez lui. A l'hôtel suivant, j'arrive à faire descendre le prix d'une double à 1200 Rs. Mais cela reste trop cher.
Pourquoi ne pas chercher dans les quatre ou cinq hôtels de ce bout de rue ?
A côté, l'hôtelier ne veut pas descendre à moins de 1600 Rs. Les autres hôtels sont soit complets, soit beaucoup plus chers.
Je propose au chauffeur de revenir au premier. Un couple d`Occidentaux vient de la louer et c'était la dernière. Le chauffeur se lamente :
- "Vous auriez dû la prendre ! Une chambre bon marché, la seule du quartier ! C'était une affaire !"
- "Une affaire : 1200 Rs ? Vous êtes complément fou ! Pour 150 Rs, d'accord. Vous êtes prêt à payer 1200 Rs pour dormir une nuit ?"
Comme il préfère ne pas me répondre, je décide de revenir à l'hôtel voisin. Après marchandage serré, l'hôtelier baisse ses exigences de 1600 Rs à 1000 Rs.
Banale, la chambre n'a pas de fenêtre et la salle d'eau rouille et se déglingue (la douche ne fonctionne pas). Cela pue l'arnaque, mais cette tournée des hôtels ne m'amuse plus. Je choisis d'aller dormir.
Je redescends payer le chauffeur : "I`ll remember a long time your company !"
J'ai envie de lui demander le montant de sa commission, mais... je l'ai assez vu et je remonte me coucher.
Le lendemain vers 8h, j'oblige mon nouvel autorickshaw (qui s'arrête d'abord devant une agence de voyage !) à me déposer à la gare...
Le Main Bazaar n'est pas chamboulé par les travaux du métro. Paharganj accueille plus que jamais les routards.
Ce chauffeur était un menteur de première classe.
Lionel Bonhouvrier.
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Le non-respect de cette interdiction constitue une contrefaçon pouvant engager la responsabilité civile et pénale du contrefacteur.
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Publié à 05:55, le 6/07/2007 dans B1. FAUTE au METRO de DELHI ! |
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JIVYA SOMA MASHE et NEK CHAND
(Exposition à la Halle Saint-Pierre, été 2007).
JIVIA SOMA MASHE
Dans une rivière nagent des anguilles, des crabes, des serpents, des tortues et toutes sortes de poissons. Sur une rive, des femmes lavent du linge. D'autres se baignent. D'autres femmes retournent à leurs cases en file indienne, jarres remplies sur la tête.
Ceci ne représente qu'un coin d'une peinture de Jivya Soma Mashe. Il peint sur de grands rectangles de papier bicolores. Le fond est ocre, un peu doré. Les motifs sont blancs, un peu argentés.
Cette exposition à la Halle Saint-Pierre, au bas du Sacré-Coeur, mêle au premier étage sculptures et peintures.
Voir des sculptures de Nek Chand dans un musée me surprend, car je les ai découvertes dans le plein air du Rock Garden de Chandigarh (au Pendjab). Mais j'ai peu de choses à rajouter sur ce que j'ai écrit par ailleurs.
Statuettes de NEK CHAND
Yogi de NEK CHAND
Jivya Soma Mashe peuple ses peintures d'un fourmillement d'activités. Les habitants de villages warli (une tribu vivant à environ 150 km au nord de Bombay) sont représentés :
- dans leurs travaux agricoles : labourage, semis, tracée des sillons dans les champs,...
- dans leurs travaux d'artisanat : fabrication de panniers d'osier, construction de huttes,...
- dans les scènes de nourriture : femmes pilant des céréales, faisant la cuisine, ou distribuant à manger,...
- dans des scènes les plus variées : soins aux bêtes, jeux d'enfants, scènes de ménages entre adultes, siestes, fumeries dans une case, grimpée aux arbres,...
Les formes sont stylisées par l'emploi du triangle, du cercle et du carré.
Humains et animaux sont figurés par deux triangles, dont les pointes se touchent. Bras et jambes filiformes tracent des lignes brisées pour suggérer le mouvement. Une boule pour la tête. Certaines têtes ont une petite boucle, un chignon, ce sont donc des femmes.
De grands cercles polarisent des dizaines de danseurs, au centre de certaines peintures. A l'extérieur, le chef avec son bâton étoilé mène les danseurs, qui se tiennent par les épaules, en décrivant une spirale.
Sur les côtés, des musiciens en mouvement jouent de trompettes, tambours, gongs,... Ailleurs, je remarque des scènes religieuses : trois ou quatre sorciers avec trident, tambourin et cobra, gesticulent ; une case-temple contient une statue, honorée par des fidèles,...
Parfois, un carré central polarise une peinture, décoré de plusieurs frises internes. Ces carrés contiennent des chevaux, montés par des cavaliers. Autour, arbres, oiseaux et petits bonhommes, complètent l'espace.
Ou c'est un rectangle qui donne son centre de gravité à l'oeuvre :
Les peintures sont surchargées d'éléments naturalistes ou plus symboliques. Dans les villages, les arbres et buissons sont nombreux, aux formes les plus diverses, avec feuilles, épines, boules.
En dehors des rivières, les animaux pullulent : oiseaux (grues, paons), singes, écureuils, sauterelles, lézards et serpents, fourmis et termites, scorpions et araignées, tatous, cerfs et daims, vaches et zébus, chèvres, poules et renards, chevaux, sangliers, tigres...
Dans le ciel, un soleil ou un croissant de lune surplombent ces scènes de vie villageoise.
L.B.
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Publié à 15:00, le 25/06/2007 dans A3. JIVYA SOMA MASHE. NEK CHAND. Eté 2007 |
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L' ART GUPTA
Trois Tirthankaras de grès rose, assis en position yogique, mains et pieds bien posés, méditent au fond de la salle consacrée aux oeuvres de Mathurâ.
On peut les approcher, remarquer un signe à six pointes sur leur plexus. Derrière leur tête, des roues à plusieurs cercles contiennent différents motifs : pointes de lances, pétales de lotus, frises de feuilles.
Cette exposition au Grand Palais réunit 110 sculptures (pierre, bronze, terre cuite) de l'ère Gupta, qui marque l'apogée de la civilisation indienne (IVe au VIe s après J.C. Les objets brahmaniques, bouddhiques et jaïns (comme ces Tirthankaras, passeurs de gué jaïns) sont intéressants, certains sont de toute beauté. Je sors de l'exposition, heureux d'avoir vu des pièces venant de musées où je ne suis jamais allé (Sârnâth, Calcutta,...), mais avec des réserves.
Les plus belles pièces sont exposées sur des socles, entourés de larges podiums. Impossible de les approcher... Leur contemplation se fait à bonne distance... On aurait aimé circuler autour d'elles, varier les approches, pour mieux apprécier des détails, faire jouer les perspectives. Cette distance imposée participe d'un parti-pris esthétisant qui se retrouve dans des explications réduites au minimum. Le grand public parisien et européen est très éloigné de l'art gupta.
Des explications variées adaptées à des catégories particulières de visiteurs étaient souhaitables, par exemple :
- Des cartes précises situant l'art Gupta au nord et au centre de l'Inde avec les frontières des Etats de l'époque. Dans l'expo, le flou des rivalités politiques est total. Les conquêtes de Samudragupta (335-375) et de Chadragupta II (375-415), qui agrandissent l'empire Gupta aux dépens de leurs voisins sont omises.
- Des panneaux thématiques fournissant les connaissances pour mieux comprendre une oeuvre.
- Certains visiteurs auraient apprécié un audio-guide, qui délivre à la demande des explications succintes ou plus détaillées.
- Avant l'escalier menant au 1er étage, un espace sombre est consacré à la reproduction de fresques d'Ajanta. Le rendu n'est pas extraordinaire...
Un film ou des photographies sur grand écran auraient peut-être donnés un meilleur résultat.
Dans la salle de Sârnâth, plusieurs sculptures sont de toute beauté :
- Un Bouddha de grès gris du Ve s. av. J.C. Debout, main droite paume ouverte en signe de paix, main gauche demi-ouverte. Plus clair, son visage est paisible, yeux baissés. Un nimbe circulaire, ourlé d'une frise florale. Sa tunique est fine, peu apparente.
- Un Vishnu de grès rouge (mi Ve s. av. J.C.). Sa physionomie est sereine, malgré le nez abimé. Il porte une coiffure haute avec une tiare et plusieurs colliers autour du cou. Les bras manquent à son torse, où passe un cordon brahmanique.
- Bouddha prêchant (VIe s. av. J.C.) dégage une sérénité, une pureté exceptionnelles sur son socle rectangulaire. Le fond en demi-cercle, sans aucun motif. Yeux baissés, grande concentration de l'être. Ses deux mains esquissent le geste de mise en mouvement de la Roue de la Loi (dharmachakramudra).
L.B.
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Publié à 15:59, le 22/06/2007 dans A2. L ART GUPTA, expo : juin 2007 |
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*L'INDE à PARIS (mai-juin 2007) :
* NEK CHAND expose à PARIS !
- Lieu : Halle St-Pierre : 2 rue Ronsard (18e), M° Anvers.
- Durée : jusqu'au 26 août 2007.
- Horaires : Tlj de 10h à 18h. (En août : de 12h à 18h, fermé le WE).
- Tél : 01.42.58.72.89.
- Entrée : plein tarif 7,50 €, tarif réduit 6 €.
- Exposition : une soixantaine de sculptures de Nek Chand. En attendant d'aller voir le célèbre Rock Garden, à Chandigarh !
- Lire deux articles sur : http://inde.uniterre.com
1. "Le Rock Garden de Nek Chand"(rubrique R) avec 24 photos.
2. "Entretien avec Nek Chand"(rubrique S), réalisé en août 2006 à Chandigarh.
* JIVYA SOMA MASHE expose avec NEK CHAND :
- Halle St-Pierre, mêmes conditions.
- Infos : www.hallesaintpierre.org
- Parmi une cinquantaine de peintures Warli (Maharashtra), Jivya Soma Mashe expose ses propres peintures. Elles sont un éloge de la vie et du mouvement à travers l'activité des siens et les légendes Warli.
- L'oeuvre de Jivya Soma Mashe (né en 1934) est l'une des plus importantes de l'art tribal en Inde dans la seconde moitié du XXe siècle.
Voir : http://jivya-soma-mashe-f.blogspot.com/
* L'EMPIRE DES GUPTA, l'âge d'or de l'Inde classique :
- Lieu : Le Grand Palais, 3 av. du Gal Eisenwoher (8e), entrée porte Clémenceau (place Clémenceau). M° Champs-Elysées-Clémenceau.
- Durée : jusqu'au 25 juin 2007. Prolongation : 8 juillet 2007.
- Horaires : Tlj sauf mardi, de 10h à 20h (mercredi : 10h à 22h).
- Entrée : 10 € plein tarif, 8 € tarif réduit.
- Tél : 01.40.13.47.61.
- Infos : http://www.mn.fr/inde-classique/
- Exposition : 110 scuptures de la dynastie Gupta (IVe-VIe s après J.C), qui marque l'apogée de la civilisation indienne.
* LA MAISON DES INDES :
1. CONFERENCES (10 €) :
- 22 mai 2007 à 18h30 : "L'art gréco-bouddhique du Gandhara" par Magali VACHEROT, historienne de l'art.
- 29 mai 2007 à 18h30 : "Regards croisés sur l'hindouisme et le bouddhisme" par Pascale Lépinasse, ethnologue.
- 12 juin 2007 à 18h30 : "Images de l'Inde du sud".
- 19 juin 2007 à 18h30 : "Ayurvéda, mode d'emploi".
- 26 juin 2007 à 18h30 : "Forts et palais du Rajasthan".
- Lieu : 76 rue Bonaparte - 75006 Paris
- Tél : 01.40.51.95.16.
2. EXPOSITION DE PHOTOS (Entrée libre) :
- "Spiritualité et rêve de voyage" d'Erica LENNARD.
- Durée : jusqu'au 10 juin 2007.
- Lieu : La Maison des Indes, 7 place St-Sulpice (6e), M° St-Sulpice.
- Tél : 01.56.81.38.38.
- Infos sur : http://maisondesindes.com
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Publié à 15:47, le 7/05/2007 dans A1. L INDE a PARIS, mai.juin 2007. |
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